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Une histoire de nutrition et de potichats


Published
August 30, 2020

Ce post fait partie d'une série reprenant des concepts du livre "The Nature of Nutrition" de Stephen J. Simpson et David Raubenheimer

Les posts précédents sont disponibles ici:

https://share.miple.co/content/J2rWG9rChpdJT

https://share.miple.co/content/Kt0OhN2QWAz9V

https://share.miple.co/content/mQzDwqDEKAsyE

[THE NATURE OF NUTRITION 4] Chapter 9: Applied Nutrition

Parlons de domestication animale. L’un des gros défis de la domestication est d’assurer que l’animal domestiqué se trouve dans un environnement nutritionnel favorable. Comment définir les besoins nutritionnels d’un animal domestiqué ?

Prenons l’exemple d’un chat. En plus des besoins purement nutritifs du chat, le propriétaire du chat veut s’assurer que le régime qu’ils donnent à leur chat convient parfaitement à son bien-être. (Ce post sera ponctué de photos de mes chats Dio et Lemmy.)



Typiquement, les prédateurs ont un mode d’alimentation dit exostatique : leur mode de vie les pousse à manger de grandes quantités mais de façon peu fréquente. C’est notamment une conséquence de l’activation du récepteur aux cannabinoïdes CB1, qui contrôle la prise alimentaire.



Ça peut être assez bien représenté par cette image, tirée d’une revue de Giovanni Marsicano, du centre de neurosciences de Bordeaux, et un grand expert du système endocannabinoïde.

Image tirée de https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0896627317300594

Du point de vue du propriétaire, ce mode de vie n’est pas idéal, notamment parce qu’il poussera le chat à un comportement de chasseur, ce qui déplaît à la plupart des propriétaires de chats.

Généralement, les chats domestiques sont nourris bien plus souvent que les chats sauvages, ce qui fait que les chats domestiques soient moins actifs, mangent plus et puissent être susceptibles de développer des maladies comme un diabète de type 2.

https://www.cambridge.org/core/journals/british-journal-of-nutrition/article/postprandial-response-of-plasma-insulin-amylin-and-acylated-ghrelin-to-various-test-meals-in-lean-and-obese-cats/600D62E65A4FB3B4D10383F74F365DEC

Il y a d’autres problèmes liés à l’alimentation des animaux domestiques : raisons économiques, pratiques ou éthiques (je doute que tout le monde soit disposé à maintenir une colonie de rongeurs pour nourrir son chat).

À bien des égards, il est donc difficile de définir un régime optimal pour un animal domestique.

En 2011, Hewson-Hughes et coll. ont effectué une analyse géométrique de la sélection de nourriture chez le chat. Je vais vous parler de cette étude.

https://jeb.biologists.org/content/214/6/1039.long

L’idée de l’étude était de répondre aux questions suivantes:

1. Quelle est la composition « cible » de l’alimentation d’un chat ?

2. Si cette cible ne peut pas être atteinte, quel est le compromis qui sera atteint ?

Pour la plupart des animaux carnivores, on peut raisonner nutritionnellement sur 2 dimensions : protéines et graisses, les glucides représentant une part très faible de l’alimentation.

Cependant, la domestication a modifié la physiologie des animaux, et notamment des chats, et les glucides représentent une partie importante de l’alimentation. On va donc raisonner en trois dimensions.



Un facteur qui complique encore la compréhension de la nutrition des chats est que les chats peuvent avoir un régime sec (croquettes) ou humide (pâtée). L’étude incluait donc les deux types de nourriture.



Pour compliquer davantage les choses, l’étude ne testait pas seulement la capacité des chats à atteindre une cible nutritionnelle, mais également à quel point l’apprentissage jouait un rôle dans cette tâche.

Les chats ont donc été soumis à trois phases :

1. La phase « naïve » avec choix libre de trois aliments enrichis chacun en protéines, lipides ou glucides, sans aucune expérience préalable de l’alimentation.

2. Une phase dite « monadique », où les chats ne recevaient qu’un seul des nutriments à la fois, mais où la nourriture changeait tous les jours, de sorte que les trois régimes aient été testés mais à trois jours différents.

Cette phase donnait aux chats l’opportunité d’apprendre les conséquences de manger pendant une période prolongée (un jour) des aliments qui contenaient un excès de protéines, lipides ou glucides, sans la possibilité de les mélanger pour atteindre un régime équilibré.

3. La dernière phase était identique à la première, mais les chats avaient eu l’occasion d’apprendre les conséquences de se nourrir pendant une période prolongée avec des aliments non équilibrés. Cette phase est donc appelée « phase d’auto-sélection ».

Cette phase permettait d’étudier à quel point l’apprentissage aidait les chats à composer par eux-mêmes un régime équilibré.



Quels ont été les résultats ?

1. Lorsque les chats avaient le choix entre plusieurs régimes, ils atteignaient clairement une cible nutritionnelle, composée environ de 52% de protéines, 36% de lipides et 12% de glucides (en calories).



2. Lorsque les conditions nutritionnelles ne permettaient pas d’atteindre cette cible, les stratégies de compromis ont varié. Lorsque le régime présenté était pauvre en protéines, les chats ont mangé un excès de lipides et de glucides, de façon à atteindre 52% de protéines.

Cependant, les glucides représentaient un nutriment limitant, puisqu’il y avait un pourcentage de glucides que les chats n’ont jamais dépassé. Ceci suggère que les chats sont mieux adaptés à la variation de la balance protéines/lipides que protéines/glucides.

Ceci reflète bien l’état pré-domestique des chats, avec un régime pauvre en glucides. C’est assez bien expliqué ici : https://link.springer.com/article/10.1007/s00360-010-0528-0

3. L’apprentissage a joué un rôle clé dans la capacité des chats à atteindre une géométrie nutritionnelle cible, en mélangeant des régimes déséquilibrés mais complémentaires. Surtout, l’apprentissage leur a permis d’éviter l’excès de glucides en comparaison de la phase « naïve ».

Encore une fois, ces résultats sont compatibles avec une absence d’expérience évolutive dans la régulation des glucides, suggérant que les chats ont une capacité innée faible pour éviter les excès de glucides et s’appuient sur leur expérience individuelle pour cela.

L’expérience de Hewson-Hughes et coll. apporte des données importantes sur la nourriture que nous devons donner à nos chats. Tout d’abord, les chats ont bien une cible nutritionnelle préférée, avec un apport de glucides faible par rapport aux protéines et aux lipides.

Ces données correspondent bien à des données obtenues en étudiant des populations de chats harets (des chats domestiques revenus à l’état sauvage).

https://www.cambridge.org/core/journals/british-journal-of-nutrition/article/estimation-of-the-dietary-nutrient-profile-of-freeroaming-feral-cats-possible-implications-for-nutrition-of-domestic-cats/2E0E827469FFC1AF51387E045C06759A

Dans de nombreux cas, la balance nutritionnelle des aliments pour chats vendus dans les magasins s’éloigne de la composition cible de l’étude de Hewson-Hughes, AVEC NOTAMMENT BIEN PLUS DE GLUCIDES (PARTICULIEREMENT VRAI POUR LES CROQUETTES). Allez-y, regardez les compositions de ce que vous avez chez vous...

Afin de compenser ce manque de protéines, les chats vont donc manger un excès de graisses ou sucres. Des chats qui sont maintenus avec des croquettes de mauvaise qualité vont donc être en déséquilibre nutritionnel toute leur vie, affectant leur santé et leur bien-être.


Filipe De Vadder

Chercheur padawan - Du metal et de la science