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Nettoyage et "détox" (Gene Eating n°5)


Published
Revised
May 25, 2020
5 months ago

[GENE EATING n°5] Cleanse and detox

Chapitre 8, pp. 206-229 

Giles Yeo raconte dans ce chapitre sa rencontre avec Sarah Jordan, lorsqu’elle a voulu faire un stage dans son laboratoire. Sarah Jordan avait travaillé en tant que mannequin et avait donc constamment baigné dans le milieu du « détox ». Au cours de sa carrière, elle est allée jusqu’à devenir manager d’un bar à jus « détox ». Elle l’a donc énormément aidé à écrire ce chapitre. 

On a tous entendu parler de « détox », notamment après les fêtes de fin d’année. Qu’en est-il vraiment ?Tosca Reno, une « coach en nutrition et fitness » a été la première à utiliser le mot « clean » pour parler d’alimentation dans son livre « The Eat-Clean Diet ».

Mais initialement le programme « clean eating » était un programme de perte de poids, sans aucune prétendue vertu thérapeutique. Puis arrive le cardiologue uruguayen Alejandro Junger. Junger a introduit le concept du « nettoyage détox » notamment à Gwyneth Paltrow, qui en a fait l’inspirateur principal lorsqu’elle a lancé le site GOOP en 2008 (et Netflix vient d’en faire une série télévisée). En 2009 Junger a publié « Clean : The Revolutionary Program to Restore the Body’s Natural Ability to Heal Itself » (traduit en français par « Clean : Éliminer, Restaurer, Régénérer »; oui Casasnovas n’a absolument rien inventé avec sa régénération).

Le concept principal du « nettoyage et détox » est qu’au cours de la vie le corps accumule des toxines, une conséquence de ce que l’on mange et boit et comment on vit et respire. Il faut donc que le corps élimine périodiquement ces toxines pour fonctionner correctement. Il s’agit en fait d’un concept hérité du New Age, qui préconise d’aligner le corps et l’esprit pour atteindre la paix intérieure et le bonheur.

On peut consulter le programme de « détoxification » de Junger sur son site web :

https://www.cleanprogram.com/

Il s’agit d’un programme de 21 jours, conseillé par un médecin bien sûr (Junger probablement, mais il ne l’explicite pas) à suivre en 5 étapes. Ce programme apporte « des améliorations de la peau, du sommeil, de la digestion, de l’énergie, une perte de poids saine et une clarté mentale avec une réduction des ballonnements, constipation, céphalées et douleurs articulaires. »

Voici le programme en cinq étapes :

  1. On autorise le corps à « s’auto-guérir » de tout ce qu’il a accumulé. On achève cela à travers des préparations liquides à base de vanille ou chocolat vendues spécialement par Junger pour « améliorer le processus digestif » et « réduire la charge digestive ».
  2. Il faut « limiter les aliments allergènes et inflammatoires ». Parce que, bien sûr, il y a de nombreux aliments qui peuvent « augmenter la production de mucus, gras et inflammation dans notre corps ». Quels sont ces aliments ? La caféine et l’alcool, les produits laitiers et les œufs, le sucre, les végétaux de la famille des Solanacées (pomme de terre, tomates, aubergines, poivron notamment) et la viande rouge.
  3. Il faut « obtenir le plus possible de notre alimentation ». Nous sommes entourés d’aliments transformés qui sont mauvais pour nous (mais il ne précise pas quel type de transformation : cuisiner transforme l’alimentation, saler transforme l’alimentation). D’après Junger son programme se concentre sur « la doctrine du "clean eating" avec des fondations solides sur les fruits, les légumes, les protéines naturelles et les céréales saines qui déverrouillent le meilleur état de bien-être corporel ». Que veut dire « clean eating » ? Pour Junger, certains aliments ont la propriété intrinsèque de nous « nettoyer ». Par inférence, certains aliments nous « rendent sales ».
  4. Junger parle de l’importance de la « fenêtre de 12 heures ». D’après lui, si on laisse 12 heures entre le repas du soir et le petit déjeuner, « on envoie le signal que l’on va en détox profonde ». Ceci dans le but que notre corps sache qu’entre 20h et 8h du matin « c’est l’heure de nettoyer la maison ». À titre personnel, j’appelle ça le sommeil, mais ce n’est pas assez tendance. 
  5. Finalement, il faut simplement « assembler tous ces éléments (…) pour créer l’environnement parfait pour commencer ».

Et vous pouvez avoir accès à ce programme de 21 jours pour la somme modique de 475 USD (environ 425€). Malheureusement il n’y a pas d’envois en dehors des US, mais l’ami Casasnovas (qui a bien copié tout ça, même pas original le coco) se fera un plaisir de vous offrir la même chose en France. 

Évidemment les 21 jours ne sont que le début. Après 21 jours on peut réintroduire des « déclencheurs toxiques » : le blé (le croque-mitaine !) et les produits laitiers (le croque-mitaine acide). S’ils sont si toxiques, pourquoi les réintroduire ?

Il offre également des poudres « naturelles » et des « suppléments essentiels ». Je ne suis pas sûr à quel point ils sont « naturels » mais soit. Ces suppléments vont vous aider à la digestion, à perdre du poids et à réduire l’anxiété, la dépression et les changements d’humeur.

Soyez rassurés, tous ces produits sont naturels, sans OGM, sans gluten, sans lactose, le tout pour 138 USD (environ 124€) pour 30 jours. Donc si on calcule un peu, se détoxifier va nous coûter environ 1488€ par an, mais ça les vaut probablement ! 

Giles Yeo raconte ensuite l’histoire de Sarah Jordan, de Montréal jusqu’à devenir manager d’un bar à jus « détox » à Londres. Sarah Jordan reconnaît n’avoir eu à l’époque aucune formation en nutrition à l'époque. Elle avait simplement une formation pour apprendre par cœur les supposés effets bénéfiques de chacun des jus qu’elle vendait. Les jus étaient extraits à froid (mais Casasnovas n’a rien inventé !). Le jus est extrait à travers une presse hydraulique et non une centrifugeuse. Le processus a lieu à 4°C ce qui, d’après les vendeurs, maintient les qualités nutritionnelles et la « densité enzymatique », tout en limitant l’oxydation. Certaines compagnies pasteurisent ensuite ce jus, qui peut être consommé des mois après sa préparation. Avec tout ce marketing, on peut vendre des jus à plus de 5€ les 500 mL.

Mais pour Sarah Jordan, le gros du chiffre d’affaires du bar à jus concernait les produits « détox ». Le programme qu’elle vendait coûtait environ 40 GBP (environ 47€) par jour pour 6 jus ou shakes de lait de noix. Une « détox » au jus consiste à abandonner tout aliment solide pendant la période « détox » et boire environ 3 litres de jus par jour. Ceci correspond environ à 800 à 1200 kcal.

Ce que promettent ces programmes, aidés par des célébrités de Hollywood et Instagram, est que le nettoyage au jus permet aux foie, reins et intestins de se reposer. Les bénéfices incluraient : une meilleure digestion, un système immunitaire « boosté » , de meilleures capacités cognitives et évidemment une meilleure connexion spirituelle intérieure. De nombreuses personnes qui suivent ces programmes connaissent des vertiges, de la fatigue, des douleurs et une irritabilité. Mais d’après les tenants des programmes « détox » ces symptômes sont le signe que le programme fonctionne à merveille. Ces désagréments seraient le signe que le corps est en train de se libérer de ses toxines et impuretés.

On peut sentir ces désagréments après une bonne séance de sport et qu’on a vraiment faim avant d’arriver à la maison. J’ignorais que je me détoxifiais et tout cela sans avoir à débourser un sou !Le marché des jus extraits à froid représentait 5 millions de dollars en 2018. Signe que c’est quelque chose qui marche à merveille.

Et soyons honnêtes, qui ici n’a jamais pris un de ces jus, même sans croire à tout le mysticisme derrière ? Évidemment les personnes qui en font la pub sont souvent des personnes sveltes, en bonne santé, qui correspondent à certains canons de beauté. Et derrière il y a souvent des médecins (comme Junger) peu scrupuleux. 

C’est donc l’heure de vous présenter l’un de vos meilleurs amis, votre foie. Le foie a un rôle central dans l’équilibre métabolique. Il permet par exemple de stocker le glucose sous forme de glycogène après un repas et de libérer ce glycogène sous pendant le jeûne. Il synthétise et dégrade de nombreuses protéines. Il est responsable de la synthèse de cholestérol, d’acides gras et de lipides. Il joue également un rôle crucial dans la digestion par la production de bile, qui permet la digestion des graisses et dans le stockage de certaines vitamine (A, D, B12 et K) et minéraux (fer et cuivre). Surtout, le foie est responsable de la production de nombreux déchets métaboliques.La totalité du sang qui sort de l’intestin après la digestion passe dans le foie à travers la veine porte.

Le système porte hépatique (Wikimedia commons)

Le foie élimine par ce passage de nombreux déchets métaboliques. C’EST UNE MACHINE A DETOXIFIER LE CORPS. La détoxification s’opère par une modification de la molécule et ajout de groupements soufrés ou aminés, ce qui rend la molécule moins toxique et soluble dans l’eau. Cette molécule modifiée est excrétée du système à travers l’urine ou la bile. Un foie qui marche bien fait cela en permanence.

Par exemple, après avoir ingéré de l’éthanol, le foie transforme cet éthanol en acétaldéhyde puis en acide acétique, qui pourra ensuite être excrété. Le foie travaille ainsi en permanence pour éliminer l’alcool du sang. C’est un organe tellement efficace que, lorsque de nouveaux médicaments sont développés, la dose efficace doit tenir en considération le taux de métabolisme hépatique de la drogue. 

La seule fois où l’on a vraiment besoin de se « détoxifier », c’est lorsque l’on a ingéré une substance potentiellement mortelle, par exemple suite à une overdose. 

Par exemple, si on fait le Dry January, si on suit ce mois sans alcool, on permet à notre foie de s’occuper d’autres tâches métaboliques sans le solliciter pour détoxifier l’alcool présent dans le sang. 

Il n’y a aucune étude scientifique qui montre que ce que l’on mange ou boit puisse accélérer le processus de « détoxification ».Et si votre foie se met à dysfonctionner, les choses se corsent très vite. 

Alors, de quoi notre foie nous détoxifie ? Eh bien, pour citer Paracelse, le pharmacien suisse du 16ème siècle, « la dose fait le poison ». La plupart des substances ne sont pas toxiques à faibles doses et toute substance est toxique à très fortes doses. Ce qui définit la « forte » dose dépend de la nature de la molécule. Par exemple, il ne viendrait à l’idée de personne de prendre 3 ou 4 fois la dose prescrite pour un médicament. Des métaux lourds comme le fer sont absolument nécessaires en petites quantités mais deviennent toxiques à de fortes doses. Et quoi que vous pensiez des pesticides, la dose que vous trouvez sur un fruit ou légume a de très très très faibles chances de vous tuer. Pourtant si vous ingérez un verre du pesticide je ne dirais pas la même chose. Même la toxine botulique à très faible dose est tolérée par le corps (le principe du botox).Ceci est vrai pour tous les aliments, même les fruits et légumes.

Les carottes, par exemple, sont très bonnes pour vous, mais mangez-en des kilos et des kilos (très peu probable) et vous serez empoisonnés par le bêta-carotène. Il y a par exemple des cas de personnes qui se sont retrouvées aux urgences après avoir abusé d’eau de coco, très riche en potassium (hyperkalémie).

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23124410

Bref, un produit, qu’il soit « naturel » ou non peut devenir toxique, tout dépend bien sûr de la dose ! 

Beaucoup d’entre vous me diront que les régimes à base de jus, ça n’a pas l’air si mauvais, quand même. C’est vrai, mais il y a quelque chose que vous allez ingérer en excès si vous consommez trop de jus de fruits : du sucreIl y a quasiment autant de sucre dans un verre de jus d’orange (8 g/100 mL) ou de pomme (10 mg/100 mL) que dans un Coca-Cola (10,6 g/100 mL).

Ah oui, mais le sucre des jus est naturel, c’est forcément meilleur, non ? Absolument pas. La grande majorité du sucre contenu dans les jus est du saccharose (sucrose), un disaccharide formé par une molécule de glucose et une molécule de fructose. Le sucrose, lorsqu’il est absorbé devient donc 50% de glucose et 50% de fructose. Le sucre ajouté dans les sodas est raffiné, mais il provient d’une canne à sucre ou d’une betterave à sucre, il est donc « naturel ». Et le sucre du miel ou du nectar d’agave, souvent annoncés comme des alternatives « sans sucre » ? Ils n’ont clairement pas le même goût, parce que l’un est en effet du vomi d’abeille et l’autre du concentré d’agave, mais ils sont sucrés parce qu’ils sont pleins de sucre (38% de fructose et 31% de glucose pour le miel, 56% de fructose pour le sirop d’agave). Dans certains pays, on utilise du sirop de fructose concentré comme édulcorant. On obtient ce sirop par une conversion enzymatique de l’amidon de maïs en 50% de fructose et 50% de glucose. Pourquoi ne pas utiliser du glucose simplement ? Parce que, si jamais vous avez goûté, le glucose n’a pas un très bon goût. On peut débattre de l’utilité de ce procédé, peu utilisé par exemple en Europe, mais le fait est que le sucre reste du sucre, quel que soit son origine. 

Est-ce que le sucre est mauvais pour la santé ? Comme toujours, tout dépend de combien on consomme. Si vous mangez une orange ou une pomme, vous prenez du sucre. Mais si vous buvez un verre de jus d’orange, vous prenez l’équivalent de 3 à 4 oranges. Est-ce que vous mangeriez 4 oranges d’un coup ? C’est très peu probable. Pourtant, vous consommeriez bien cet équivalent en sucres pour votre petit déjeuner, ce qui correspond quasiment à un verre de Coca-Cola.

Un autre problème est la façon dont le sucre vous parvient. Le sucre est très dense caloriquement et quand on le dissout dans un liquide on donne à notre système des centaines de calories en quelques secondes. Quand on mange, la première étape est de mâcher les aliments. En faisant ça, on produit de la salive. Notre estomac et notre intestin détectent cette salivation, se préparant à recevoir un aliment et sécrétant des hormones en réponse pour ajuster le métabolisme. Ces hormones sécrétées en réponse à un repas permettent le rassasiement et d’arrêter de manger. Lorsque les aliments ingérés sont sous forme d’un repas liquide, le sugre est très rapidement digéré avec peu de digestion. Ceci retarde la production d’hormones intestinales et augmente la sensation de faim. Bref, si vous aimez le sucre, il vaut mieux en manger qu’en boire. 

En plus des sécrétions hormonales, en convertissant le fruit en jus, on perd une grande quantité de fibres alimentaires. Les fibres intestinales jouent un rôle crucial dans la santé intestinale, pour « nourrir » le microbiote et accélérer le transit. Il y a plein d’autres effets des fibres alimentaires. Et comme j’ai écrit une thèse dessus, un peu d’auto-pub :

https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01058661

Il y a d’autres méthodes de « détox » dans le marché, en plus des jus. Des smoothies, avec peu de sucres et pas mal de fibres ? Des tisanes et thé détox ?OK, certains de ces produits sont définitivement bénéfiques. Les jus de fruits sont très bons si on les consomme avec modération, le thé est une source d’antioxydants (mais attention toujours à la dose !). Mais rien de tout ça ne va vous « nettoyer ». Les régimes « détox » ne vous nettoient pas. Votre foie et vos reins s’occupent naturellement de détoxifier votre corps. 

(Petit aparté sur le foie) 

Que se passe-t-il si le foie ne marche pas bien ? Giles Yeo raconte l’histoire de son père, chinois de Singapour, qui est incapable de métaboliser l’alcool. En effet, il existe une mutation présente chez les Chinois dans l’enzyme qui détoxifie l’alcool, l’alcool déshydrogénase. Cette mutation rend l'enzyme très peu efficace.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3860432/

Donc si votre foie ne métabolise pas bien l’alcool, il se retrouve en grandes quantités dans le sang et vous êtes plus facilement ivre.Puis il y a des situations où le foie est physiquement endommagé. Le foie joue un rôle clé dans le métabolisme des lipides. Mais il se peut, par une consommation excessive, que le foie se mette à stocker de la graisse et devienne un « foie gras » (exactement le procédé utilisé lors du gavage des oies). Normalement, cet état peut être annulé par un changement de régime. Mais si cet état devient chronique, il est accompagné d’inflammation. Cet état est appelé « stéatohépatite non alcoolique » (NASH).

https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMra1503519

Dans les cas les plus sévères, cette stéatohépatite peut se transformer en cirrhose hépatique, i.e. lorsqu’une formation de tissu cicatriciel a lieu dans le foie en réponse aux dommages subis. Au fur et à mesure que ce tissu se forme, il devient difficile pour le foie de fonctionner correctement.

Progression vers le foie gras. Image tirée de https://biologydictionary.net/wp-content/uploads/2019/11/Fatty-liver-disease-progression.jpg

Une autre façon d’endommager son foie est par la consommation d’alcool. Comment l’alcool et le sucre peuvent aboutir à la même maladie ? Eh bien, comme j’expliquais avant, l’alcool est détoxifié en acétate. Cet acétate va permettre de former de l’acétyl-coA, qui est le précurseur de la synthèse des lipides. En ingérant beaucoup d’alcool, le foie se mettra à stocker des lipides en excès et on aura le même problème. Deux causes différentes d’une maladie hépatique, mais même résultat. Si l’on n’est pas diabétique, le glucose que l’on digère est presque immédiatement stocké sous la forme de glycogène dans le foie et absorbé par les muscles et le tissu adipeux, en réponse à l’insuline. Le fructose, c’est une autre histoire.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5893377/

Le fructose a un index glycémique faible, c’est-à-dire que l’ingestion de glucose fait très peu élever la glycémie. Cependant, il est nocif en grandes quantités pour d’autres raisons. Contrairement au glucose, il n’est pas absorbé par les tissus périphériques. Il finit donc dans le foie, où il va contribuer à former du gras. Si vous ingérez de fortes quantités de fructose, ce qui est le cas si vous faites une « détox » à base de jus, vous êtes donc en train d’endommager votre foie. Ironique, vu que l’un des effets prétendus du régime détox est de laisser votre foie se reposer. 

L’une des dernières tendances dans le détox est le crudivorisme (oui, Casasnovas n’a vraiment RIEN inventé). Giles Yeo raconte comment lors d’un colloque il a rencontré un tenant de cette tendance qui lui a expliqué la chose suivante : 

« Si vous laissez un oignon cru sur la terre, il va germer et donner un plant. Si vous faites la même chose avec un oignon cru, il va être décomposé. Vous voyez ce que je veux dire ? »

Que notre estomac est assimilable à un sol ?

Les crudivores définissent les aliments crus comme tout ce qui n’a pas été raffiné, mis en conserve, ou transformé chimiquement, et n’a pas été chauffé au-delà de 48°C. D’après eux, au-delà de 48°C on détruirait les enzymes naturelles de la nourriture. Ceci aurait pour conséquence de fatiguer le corps dans la production de plus d’enzymes. Alors, que ce soit clair. Cuisiner vos aliments ne va pas détruire que certaines enzymes, ça va détruire globalement toutes les enzymes présentes dans les aliments. 

Oui, mais en fait votre estomac avec son milieu acide et ses sucs gastriques va faire de même. Quelles que soient les enzymes contenues dans l’alimentation, ce sont des protéines qui vont être dégradées comme telles, pour n’extraire que les acides aminés. La plupart d’entre nous, j’imagine, ne pensent pas que si nous mangeons de l’antilope nous serons plus rapides ou que si nous mangeons du kangourou nous allons sauter plus haut. Alors pourquoi est-ce que nous garderions les enzymes naturelles contenues dans notre alimentation ?

Cuisiner les aliments rend la digestion plus facile, en facilitant la dégradation en amont.Une autre idée des crudivores est que les aliments cuisinés au-delà de 57°C (pourquoi 57 et pas 58 ou 60 ?), ceci détruit tous les nutriments sensibles à la chaleur. C’est vrai pour des nutriments comme la vitamine C mais cuisiner des aliments libère aussi des nutriments qui ne sont pas disponibles à température ambiante. Par exemple, cuisiner les carottes et les tomates libère des antioxydants. Cuisiner le maïs nous permet d’assimiler la niacine plus facilement. Pour quelqu’un qui ne mange que des aliments crus, il/elle aura du mal à trouver des sources de vitamine B12 ou de fer. Ces nutriments se trouvent essentiellement dans des aliments cuisinés au-delà de 57°C : œufs, viandes ou céréales. Sans compter, bien sûr, sur le fait que cuisiner les aliments permet de tuer de nombreux parasites… 

Dernier point souvent invoqué par les partisans des détox : les « super-aliments ». Probablement tout le monde a vu une pub ou une vidéo qui vante les vertus du chou kale, du curcuma, du quinoa, de l’ail, du corossol… Ces aliments sont bons pour la santé, ils contiennent des fibres, des vitamines, des minéraux (et l’ail a en plus la capacité d’éloigner les vampires). Mais sont-ils « supers » ? On trouve depuis des siècles des prétendues vertus de nombreux aliments : ralentir le vieillissement, booster l’activité physique, nous rendre plus intelligents… Bien sûr, certains composés naturels ont des propriétés intéressantes. Les feuilles de saule, par exemple, contiennent du salicylate (précurseur de l’aspirine) et permettent de calmer certaines douleurs. D’autres composés, cependant, ne dépassent pas le stade de « recette de grand-mère » avec zéro preuve de son efficacité. Les « super-aliments » sont probablement l’équivalent moderne de la potion magique, comme si manger tel ou tel fruit aller détruire un cancer.  Et derrière ce message, il y a toujours la notion que si une petite dose est bénéfique, certainement une grande dose sera PLUS bénéfique, non ? Comme toujours, « la dose fait le poison ».

En conclusion, il n’y a aucune preuve scientifique que « détoxifier » votre corps aura une quelconque utilité. Le marketing de ce secteur fait que l’on vende le concept que ne pas se « détoxifier » va résulter en une maladie grave, culpabilisant le/la malade qui en souffrirait. Pourtant, personne, ni Gwyneth Paltrow, ni Casasnovas, ne sera capable de vous dire de quoi on se détoxifie, quelle molécule on élimine en suivant leurs préceptes. Pour détoxifier notre corps, nous avons simplement besoin d’un foie et de reins fonctionnels. 

Pour cela, rien de plus simple: limiter la consommation de fructose et d’alcool. Les cures de jus ne vont alléger que votre porte-feuille. Bien sûr, on retrouve souvent des concepts de moins manger ou moins boire (le Dry January, pensez-y !). Mais ce sera gratuit pour vous et vous vous sentirez forcément mieux. Le message à retenir : le meilleur régime « détox » possible est simplement un régime équilibré. 

Merci d’avoir lu ce (très long) thread. Et comme toujours, je vous encourage plus que fortement à acheter et lire le livre !


Filipe De Vadder

Chercheur padawan - Du metal et de la science