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Les régimes "plant-based" (Gene Eating n°4)


Published
May 25, 2020

[GENE EATING n°4] I am ‘plant-based’, NOT a vegan

Chapitre 7, pp. 177-205

Il est incontestable que les régimes se répandent de façon extrêmement rapide par la pub qu’en font certaines personnalités sur internet. Parmi ces personnalités, Ella Mills, aka Deliciously Ella (plus de 193 000 abonnés sur Twitter ; 1,6 million sur Instagram). Elle promeut le régime « plant-based », que je traduirai par « végétalien ». Vous pouvez la retrouver ici :

https://deliciouslyella.com/

Les deux premiers livres d’Ella Mills, Deliciously Ella et Deliciously Ella Au Quotidien, se sont vendus comme des petits pains chauds.

En écrivant son livre, Giles Yeo a tenté de rencontrer de nombreux/ses auteur.e.s mais a essuyé de nombreux refus. Ella Mills a accepté. Il raconte donc sa rencontre avec elle. Ella Mills raconte qu’elle n’a pas toujours été végétalienne. À 19 ans, elle a été diagnostiquée avec un syndrome de tachycardie orthostatique posturale (POTS), une maladie pour laquelle un changement de la position allongée à une position verticale provoque une augmentation anormalement élevée de la fréquence cardiaque. Ceci a pour conséquence des étourdissements, une intolérance à l’effort et une fatigue chronique. La maladie se manifeste généralement autour de 20 ans et affecte plus les femmes que les hommes. Ne voyant pas sa maladie s’améliorer par les traitements médicaux, Ella Mills a fait ce que font de nombreuses personnes : elle a consulté Dr. Google. Elle est donc tombée sur de nombreuses histoires de personnes qui ont changé de régime et qui ont guéri. Notamment elle a trouvé des histoires de personnes influencées par le livre « The China Study » (L’Enquête Campbell) de Colin Campbell. On va revenir sur ce livre.

Ce livre propose un régime végétalien, qu’Ella Mills a donc suivi. Et au fur et à mesure que, d’après elle, sa santé s’améliorait, elle a décidé de créer le blog Deliciously Ella en 2012. Contrairement à de nombreuses personnalités sur les RS, Ella Mills n’a pas démarré un régime pour perdre du poids. Son livre Deliciously Ella est bien plus qu’un livre de recettes, c’est un mode de vie pour manger comme Ella et même, on peut le dire, ressembler à Ella. Le livre a vendu 32000 exemplaires la première semaine de sa sortie ! 

Revenons au livre qui a convaincu Ella Mills de changer de régime. « L’Enquête Campbell » a été publié en 2005 par Colin Campbell. Dans ce livre, il argumente que la seule façon de manger correctement est de manger des aliments dérivés de plantes. D’après lui, il n’y a pas de dose de protéines animales qui soit sans danger. Son régime a eu un grand succès auprès de personnalités comme Bill Clinton, également influencé par le livre « Prevent and Reverse Heart Disease » de Caldwell Esselstyn.

On ne va pas ici parler de « véganisme » puisque, contrairement à cette philosophie, qui suit des recommandations alimentaires par principe éthique, les personnes qui suivent le régime végétalien le font pour suivre un régime qu’ils estiment meilleur pour leur santé. Alors que tous les aliments du régime végétalien peuvent être consommés par un végan, l’inverse n’est pas vrai. Le régime végétalien prône l’alimentation exclusive avec des produits végétaux non transformés. Tous les steaks de soja par exemple sont à bannir.

L’Enquête Campbell (The China Study) est appelée ainsi en raison de l’étude Chine-Cornell-Oxford, une grande étude observationnelle qui a étudié la prévalence de plusieurs maladies dans la Chine rurale des années 1980. Campbell et ses collègues ont analysé les données de 6500 personnes d’habitant dans 65 subdivisions administratives différents, afin de trouver une relation entre santé et régime alimentaire. L’étude entière a été publiée dans un livre de 894 pages en 1990 : « Diet, Life-Style, and Mortality in China: A Study of the Characteristics of 65 Chinese Counties ».

Il s’agit d’une étude scientifique détaillée, pas d’un livre grand public. Mais en 2005, Campbell, avec son fils Thomas, a publié « L’Enquête Campbell ». Bien que le nom du livre (« The China Study » en anglais) soit inspiré par l’étude précédente, elle n’occupe qu’un des dix-huit chapitres du livre.Au cours du tournage de « Clean Eating » avec la BBC, Giles Yeo a eu l’occasion de rencontrer Campbell et Esselstyn. Pour Campbell, dont les parents étaient agriculteurs laitiers, « la maladie qui a tué mon père, maladie cardio-vasculaire, peut être annulée sans médicaments et sans chirurgie ; simplement en mangeant le régime approprié. » 

« Contrairement à ce que de nombreuses personnes croient, le cancer n’est pas un événement naturel. Adopter un mode de vie et un régime sains peut prévenir la plupart des cancers aux Etats-Unis. » 

Les conclusions de Campbell sont basées sur 3 observations : 

  1. Les travaux de Campbell sur la nutrition ont commencé dans les années 1960 aux Philippines. Le projet «Mothercraft» visait à éduquer la population, soumise à la malnutrition, sur les bonnes habitudes alimentaires et la culture des plantes pour augmenter les rations protéiques. La stratégie était de faire pousser des variétés locales de cacahuètes qui, comme le soja, sont des légumineuses et permettent de fixer l’azote par les nodosités dans la racine. Le problème est que les cacahuètes étaient souvent infectées avec un champignon (Aspergillus spp.) qui produit de l’aflatoxine, une toxine potentiellement cancérigène dans le foie. Aux Philippines, le problème de l’aflatoxine ne concernait pas les cacahuètes en tant que telles, mais le beurre de cacahuète. Ceci était dû au fait que les meilleurs cacahuètes étaient gardées pour la vente au détail. Celles qui étaient de moins bonne qualité, et potentiellement contaminées par Aspergillus, étaient utilisées pour le beurre. Les deux plus grandes villes du pays, Manille et Cebu, avec la consommation de beurre la plus importante, présentaient des taux forts de cancer hépatique. Et comme le beurre était consommé surtout par les enfants, il y avait des taux très forts de cancers hépatiques chez l’enfant. Pourquoi est-ce que ceci important ? Eh bien, parce qu’un des associés de Campbell dans l’étude, Jose Caedo, avait observé (de façon anecdotique, puisque les chiffres ne figurent pas dans le rapport) que la plupart des enfants touchés par le cancer hépatique étaient des enfants de familles riches, qui avaient donc accès à de la bonne nourriture et notamment de la viande. La conclusion de Campbell sur cette observation : les enfants qui consommaient des protéines animales avaient un taux supérieur de cancer hépatique. 
  2. De retour aux États-Unis après son expérience aux Philippines, Campbell a commencé des études sur des rats, pour essayer de modéliser les données observées aux Philippines. Il a traité les rats avec de l’aflatoxine, les rendant susceptibles de développer un cancer hépatique. Il les a ensuite nourris avec diverses quantités de protéines. Il a donné à un groupe 5% de caséine (protéine du lait) et à un autre groupe 20% de caséine.Sa conclusion : tous les rats recevant 20% avaient un cancer du foie, alors qu'aucun rat recevant 5% n'avait un cancer. Lorsque les rats recevaient des protéines végétales (gluten ou protéines de soja), pas de cancer non plus. (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/6132019)
  3. Dans les années 1980, Chen Junshi, de l’Académie de Médecine Préventive à Beijing, a visité le laboratoire de Campbell aux Etats-Unis. Depuis les années 1970, on savait qu’en Chine la prévalence du cancer était localisée. À certains endroits ayant une prévalence 100 fois supérieure à d’autres, alors que plus de 80% de la population était d’ethnie Han, donc avec un fond génétique assez semblable. Campbell s’interroge donc : « serait-il possible que le cancer soit largement dû à l’environnement et les facteurs environnementaux et non à la génétique ? » 

Alors, avant de continuer, quelques éléments rapides sur le cancer. Il s’agit sans aucun doute d’une maladie génétique, mais la génétique du cancer est très complexe. Les mutations héritées concernent 5 à 10% des cancers, mais ces mutations ne sont pas « pénétrantes » à 100%. Ceci veut dire qu’être porteur de la mutation n’assure pas que l’on va développer un cancer. Par exemple, pour le cancer du sein, une mutation dans les gènes BRCA1 ou BRCA2 induit un risque de 40 à 85%, alors que ce risque est de 12% pour une non porteuse. 

Pourquoi ce n’est pas 100% ? Ces protéines, que l’on appelle des « suppresseurs de tumeur » permettent de réparer l’ADN. Une mutation de ces gènes per se n’est pas suffisante à induire un cancer. Ce qu’il faut, c’est un deuxième événement, une mutation ailleurs causée par l’environnement (radiation, pollution, tabagisme…). Notre organisme en temps normal possède des mécanismes de réparation de ces mutations. Si les gènes qui codent pour ces réparations, comme BRCA, sont mutés, ceci induit un risque de développer un cancer.

Et les 90-95% des cancers, où les mutations génétiques héréditaires ne jouent pas un rôle majeur ? Il s’agit toujours d’une balance génétique/environnement. Certaines personnes qui fument ne développeront jamais un cancer du poumon, simplement parce qu’elles ne sont pas susceptibles génétiquement. Pour les personnes susceptibles, l’environnement (tabagisme, régime alimentaire…) est un facteur majeur qui influence l’incidence. 

La question donc du projet China-Cornell-Oxford était d’identifier les facteurs de l’environnement qui influençaient le développement de cancers en Chine. L’équipe a ainsi identifié, sur 6500 individus répartis sur quasiment tout le pays, « 8000 associations statistiquement significatives entre mode de vie, régime alimentaire et variables de la maladie. » Pour Campbell, l’association la plus importante est que « les personnes qui consommaient le plus de protéines animales avaient le taux le plus élevé de maladies chroniques. » Avec ces trois arguments, Campbell avait cru tenir l’explication de toute maladie, et par conséquent, en annulant l’apport de protéines animales, la solution miracle à la maladie. Dans son livre il écrit ainsi : 

« (…) le même régime qui est bon pour prévenir le cancer est également bon pour les maladies cardiovasculaires, l’obésité, le diabète, la cataracte, la dégénérescence maculaire, Alzheimer, la dysfonction cognitive, la sclérose en plaques, l’ostéoporose et autres maladies. De plus, ce régime est bénéfique pour tout le monde, peu importe ses gènes et ses dispositions personnelles (…). Il n’y a qu’un régime pour annuler ces maladies : une alimentation à base d’aliments complets d’origine végétale. » 

LE RÉGIME UNIQUE POUR LES GUÉRIR TOUS!

Et si on regardait de près les arguments de Campbell ?Pour ceux qui aiment les critiques des articles scientifiques, il y a eu plusieurs blogs qui ont critiqué en détail les tables, graphiques et analyses statistiques des études de Campbell.

https://deniseminger.com/the-china-study/

https://sciencebasedmedicine.org/385/

https://www.westonaprice.org/health-topics/abcs-of-nutrition/the-china-study-myth/

Mais ce n’est pas ce sur quoi on va s’attarder.

Commençons avec l’observation des Philippines. Campbell avait probablement raison : les enfants des familles riches consommaient plus de viande. Mais corrélation n’est pas causalité, et il ignorait ainsi toutes les autres raisons pour lesquelles ces enfants étaient plus malades : pollution dans les grandes villes, mode de vie, régimes plus riches en aliments gras et sucrés. Il n’y avait aucune preuve concluante que les protéines animales causaient le cancer hépatique. Et les études sur les rats ? Dans son livre, Campbell omet de parler d’une étude qu’il a lui-même menée.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/3863992

Il a donné aux rats des protéines de poisson avec soit de l’huile de poisson, soit de l’huile végétale. Et le groupe « végétale » avait une susceptibilité accrue à développer un cancer. Ceci annule déjà son argument que TOUTES les protéines animales sont mauvaises. 

Et les études sur le soja et le gluten ? Toutes les protéines, animales ou végétales, sont constituées d’acides aminés. La digestion des protéines libère ces acides aminés, peu importe qu’ils soient d’origine animale ou végétale. Sauf que Campbell oublie de préciser que le gluten est très déficitaire en un acide aminé particulier, la lysine. Dans une autre étude qu’il a lui-même publiée, il a supplémenté le gluten avec de la lysine avant de le donner aux rats. Et surprise ! Il obtient le même résultat que pour la caséine.

https://academic.oup.com/jnci/article/81/16/1241/969468

En d’autres mots, il n’y avait rien d’unique dans la caséine qui la rendait cancérigène per se.

Quid du troisième argument ? Premièrement, les méthodes statistiques de l’étude laissent à désirer. 6500 personnes, réparties dans 65 endroits différents. Ça fait quand même 100 personnes par endroit. Ça fait beaucoup, non ? Sauf qu’en fait les échantillons de chaque endroit ont été réunis pour faire un « pool », ce qui réduit le nombre d’échantillons à 65. En d’autres mots, cette méthode réduit fortement la puissance statistique de l’étude, qui réduit ainsi la certitude que chaque échantillon est vraiment représentatif de chaque endroit. De plus, Campbell souligne « plus de 8000 associations » mais n’en retient qu’une : la consommation de protéines animales. Sauf que, au lieu de considérer la consommation en tant que telle, il a simplement considéré les niveaux de cholestérol dans le sang. Il considère cette mesure comme une mesure de la consommation de viande, ce qui est très simpliste puisque le cholestérol dans le sang est influencé par de nombreux autres nutriments. 

L’étude montre que des taux élevés de cholestérol sont associés à une incidence supérieure de certains cancers. Pour Campbell ceci veut dire que c’est la viande qui est associée aux cancers. Bref, aucune donnée ne montre dans cette étude une association directe entre consommation de protéines animales et incidence du cancer. 

Après sa rencontre avec Campbell, Giles Yeo va rencontrer, en compagnie de Campbell, Caldwell Esselstyn, auteur de « Prevent and Reverse Heart Disease ».Selon le programme de ce livre, pour guérir des maladies cardiovasculaires il faut suivre un régime très strict. 

  1. On ne peut rien manger qui possède une mère ou un visage (pas de viande ou poisson).
  2. On ne peut pas manger de produits laitiers.
  3. On ne peut pas consommer d’huile, pas une goutte, même pas d’huile d’olive.
  4. En règle générale, pas de noix ou d’avocats. 

Pour Esselstyn, ses recommandations ont été « démontrées scientifiquement » dans un article qu’il a publié en 1995.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/7500065

Si on lit l’article, cependant, deux problèmes apparaissent. D’abord, l’étude n’est pas contrôlée. L’intention première d’Esselstyn était d’avoir un groupe de patients choisi au hasard qui suit le régime et un autre qui reçoit simplement un suivi médical, puis comparer les groupes après trois ans. On appelle cette façon de faire une étude contrôlée randomisée, et il s’agit de la façon la plus robuste de comparer l’efficacité d’une thérapie. Cependant, d’après Esselstyn, en raison d’un budget limité, cette approche n’a pas pu être envisagée. 

À la place, 24 patients souffrant de maladies cardiovasculaires ont suivi le régime extrême. Six patients ont arrêté parce qu’ils ont mal toléré le régime, il ne reste que 18 patients. De plus, il y avait deux variables confondantes majeures : tous les patients prenaient un traitement hypocholestérolémiant et la moitié des patients avaient déjà subi une chirurgie cardiaque. Donc, bien que les 18 patients aient eu des résultats très bons, il est impossible de conclure que c’est en raison du régime.

Giles Yeo a eu l’occasion de discuter avec trois patients d’Esselstyn. Ils étaient tous ravis de leur régime et de leur « nouvelle vie ». Ce qui était extrêmement important, c’est surtout qu’ils avaient perdu entre 15 et 21 kg. Il s’agit donc d’une troisième variable confondante de l’étude. De nombreuses maladies métaboliques sont liées à l’obésité. En perdant du poids, le risque de développer une maladie cardiovasculaire est fortement réduit.C’est l’explication la plus plausible pour ces guérisons, avec un régime très pauvre en calories. De plus, en perdant du poids, les patients ont eu une activité physique accrue. 

Et alors, l’histoire d’Ella Mills ? Certainement son problème n’était pas lié à son poids. Comment se fait-il que son syndrome (POTS) ait disparu en passant au régime végétalien ? On connaît assez mal l’étiologie du POTS mais on sait que 50% des malades dont la maladie a été causée par une infection virale guérissent au bout de 5 ans. Et 90% des patients ont des signes d’amélioration clinique avec un traitement médical adapté. Très probablement, même sans passer au régime végétalien, ses symptômes se seraient améliorés. Le régime a-t-il été la cause de son amélioration ? Nous ne savons pas du tout, car aucune étude n’a été conduite et on reste au stade de l’anecdote. Si ce régime a été bon pour elle, tant mieux, mais ça ne veut absolument pas dire que c’est un régime à suivre pour tout le monde ! 

Comme c’est souvent le cas avec les tenants d’hypothèses « alternatives » en santé, Campbell et Esselstyn ont des formations scientifiques (professeur de biochimie pour l’un, chirurgien pour l’autre). Et pourtant, avec leurs hypothèses, on passe de la science à la parole évangélique. Il faut suivre des règles et des interdits alimentaires. Ceci explique pourquoi Campbell et Esselstyn sont très critiques vis-à-vis des végans, qui ne suivent pas un régime « correctement ». Giles Yeo raconte ainsi comment, suite au documentaire de la BBC Clean Eating, il a été harcelé par des zélotes des deux prophètes, qui l’accusaient d’être un « carnivore vendu à Big Pharma ». 

Finalement, est-ce que la viande est mauvaise pour la santé ? Ça dépend, comme toujours, du type de viande, de comment elle est préparée, et surtout des quantités que l’on consomme. Dans un article paru dans Lancet Oncology, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a révisé plus de 800 études reliant cancer et viandes transformées.

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1470204515004441

L’étude a trouvé un risque accru de 18% de développer un cancer colorectal si l’on mangeait 50 g de viande transformée par jour (jambon, saucisses, bacon…). Ça a l’air énorme dit comme ça, mais il s’agit ici d’un risque RELATIF. Le risque de développer un cancer colorectal au cours de la vie est de 5%. Une augmentation de 18% fait bondir ce taux à 5,9%. C’est déjà pas mal, mais il faut comparer à d’autres facteurs cancérigènes. Par exemple, Cancer Research UK estime que le risque relatif de développer un cancer du poumon si on fume 3 cigarettes par jour est de 600%. Si on passe à 20 cigarettes, le risque passe à 2600%.

https://www.cancerresearchuk.org/health-professional/cancer-statistics/statistics-by-cancer-type/lung-cancer/risk-factors

Donc oui, manger des viandes transformées augmente le risque de développer un cancer mais il faut garder ces chiffres en tête. Réduire sa consommation de viande réduit en tout cas le risque de développer un cancer. Les recommandations des associations de lutte contre le cancer sont de minimiser la consommation de viandes transformées, de consommer préférentiellement du poisson, de la volaille ou des aliments végétaux riches en protéines (lentilles par exemple). Si l’on veut manger de la viande rouge, il faut préférer les coupes maigres (noix de ronde, longe, contre-filet, surlonge par ex.) et réduire les portions que l’on mange.

https://www.cancerresearchuk.org/about-cancer/causes-of-cancer/diet-and-cancer/does-eating-processed-and-red-meat-cause-cancer

Ce n’est aucune surprise que les livres de Campbell et Esselstyn soient aussi populaires parmi les partisans du régime végétalien. Sauf qu’il faut garder certaines choses en tête. Il s’agit, sans aucun doute, de conseils alimentaires pour des pays riches. La malnutrition protéique est un vrai fléau dans le monde, qui concerne jusqu’à 35% des enfants de moins de 5 ans en Asie du Sud ou en Afrique Orientale. Dans ces conditions, il faut privilégier les apports protéiques et les œufs et le lait représentent des sources de protéines peu chères et riches en nutriments. 

Je n’ai (et je partage la position de Giles Yeo) absolument aucun problème avec les personnes qui décident, pour des raisons éthiques, de ne pas consommer de produits d’origine animale. Les études montrent qu’un tel régime ne pose aucun problème pour la santé, pourvu qu’il soit supplémenté en vitamine B12.

https://www.nhs.uk/live-well/eat-well/vegetarian-and-vegan-diets-q-and-a/

C’est un choix que je respecte mais que l’on peut faire dans un environnement où les nutriments sont disponibles. Consommons-nous, en tant que privilégiés, trop de viande ? Oui, sans aucun doute. Réduire cette consommation ne peut être que bénéfique. Selon l’Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale, 12% des adultes en France vivaient en insécurité alimentaire en 2010.

http://www.onpes.gouv.fr/IMG/pdf/Darmon.pdf

Promouvoir un régime qui les priverait de nombreuses sources protéiques pour des raisons soi-disant de santé, alors qu’elles n’ont pas accès à une alimentation de qualité, ce n’est pas se baser sur des données scientifiques sérieuses, c’est clairement de la pseudoscience. 

Merci pour votre lecture. Je répète que ceci n'est pas mon travail mais le résumé du travail exceptionnel de Giles Yeo, et je vous encourage, si vous êtes à l'aise avec la lecture en anglais, à acheter et lire son livre. 




Filipe De Vadder

Chercheur padawan - Du metal et de la science