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L'histoire de ton prénom - #MDN8


PostModem
Published
May 3, 2020



A partir de votre prénom, je peux en savoir beaucoup sur vous. Vous vous demandez comment ? Lisez la suite !

Nous n'allons pas faire de fausse sociologie

Attention : il ne s'agit pas de dire que l'on peut prévoir votre personnalité exacte à partir de votre prénom, comme vous le promettent certains sites internet ou pubs douteuses.

Nous n'allons pas non plus utiliser l'effet Forer, c'est-à-dire des phrases qui semblent nous caractériser, mais qui collent plus ou moins à tout le monde, du genre :

Vous êtes une personne qui donne l'impression, de l'extérieur, d'être extraverti. Mais, à l'intérieur, vous êtes toujours entrain de douter et vous n'avez pas toujours confiance en vous.

L'effet Forer

L'effet Forer a été mis en évidence par le psychologue Forer.

En 1949, il fait passer un test de personnalité à ses étudiants. Il leur pose des questions, mais n'écoute pas les réponses. Le test fini, il tire une phrase d'un horoscope qu'il utilise comme bilan de personnalité pour tous ses étudiants. Enfin, il demande à ses élèves de noter de 0 à 5 à quel point cette phrase s'applique à eux.

La moyenne qu'il obtient est alors de 4,2 sur 5.

La sociologie des prénoms

On ne va pas vous faire de fausses promesses, mais il s'avère qu'observer les prénoms, leur évolution, leur répartition, les croiser avec d'autres variables comme l'âge, la géographie ou la classe sociale, en dit très long sur une société donnée.

C'est par exemple le thème de la chanson Les filles qui s'appellent Valérie d'Oldelaf, dans laquelle on peut entendre : "Les filles qui s'appellent Valérie sont nées sous Georges Pompidou, rêvaient de Tom Cruise dans Cocktail, en écoutant Marcia Baila."

Lorsqu'on écoute cette chanson, on se dit : "Tiens, même si c'est un peu une généralisation abusive, ça semble avoir un fond de vérité". Et pourquoi se dit-on cela ? Parce que si on regarde les chiffres, le prénom Valérie était un prénom peu donné avant la fin des années 60 et peu donné après :

On peut alors, avec quasi-certitude, situer dans le temps les gens qui sont nommés ainsi.

En France, un sociologue s'est penché sur l'étude des prénoms, alias l'onomastique. Ce chercheur se nomme Baptiste Coulmont. Il nous montre qu'on apprend beaucoup sur notre évolution collective avec ce simple petit prénom que nos parents nous ont donné à la naissance.

Prénoms et réussite au bac

Vous avez peut-être déjà entendu parler du travail de Baptiste Coulmont parce qu'il est sollicité par les médias, chaque année, pour parler des prénoms qui réussissent le mieux au bac. Par exemple, il s'avère que les Capucine ou Adèle réussissent mieux que les Jordan ou Kévin.

Bien sûr, le prénom n'est pas une cause de la réussite, seulement une conséquence. Les classes sociales les plus aisées sont celles qui ont la meilleure réussite au bac et ces mêmes classes vont donner des prénoms rares à leurs enfants pour se distinguer des autres.

Le prénom, un marqueur d'identité

Le prénom est un marqueur d'identité. Il nous appose un sceau, que l'on va porter et qui va avoir des conséquences importantes, en plus des autres sources de différences qu'on peut avoir dans une vie.

Auparavant, le prénom était avant tout érité. On prenait le prénom de son père ou de son grand-père, et on ne se posait pas plus de questions. Mais avec une nouvelle forme identitaire, le prénom devient un des éléments d'une identité revendiquée.

La mode des prénoms

Dans son livre génial sur le sujet Sociologie des prénoms, Baptiste Coulmont montre que depuis le milieu du 20e siècle, le prénom est devenu un objet de mode, qui répond aux mouvements de la société.

Et qui dit mode, dit cycle, avec des prénoms qui font des pics pendant que d'autres s'écroulent. Puis le cycle recommence. Michel par exemple, c'est les années 40, Philippe les années 60, Christophe les années 70, Kévin la fin des années 80.

Certains prénoms, par contre, ne bougent pas trop. Marie reste, depuis la fin de la 2nde guerre mondiale, l'un des prénoms les plus donnés en France. D'autres disparaissent sans jamais trop revenir. On attend encore le retour de Robert ou Chantal, mais on y croit !

La diversification des prénoms

On voit aussi apparaître, au fil du temps, de plus en plus de prénoms rares, ce qui montre une volonté des familles de s'individualiser, de rendre leur enfant le plus unique possible.

Ainsi, entre 1946 et 1970, il suffit d'une liste de 40 prénoms pour pouvoir nommer la moitié la population de la région Bretagne. En 2002, il en faut déjà 109. Ça veut dire qu'il y a de plus en plus de prénoms portés par moins en moins de gens.

Par exemple, en Bretagne, avec cette volonté de montrer son appartenance identitaire à des groupes plus petits que des États, on voit apparaître un vrai regain des prénoms régionaux comme Gwenael ou Gwenaelle, avant qu'ils se répandent ensuite dans toute la population :

Les prénoms et l'histoire du pays

Observer les prénoms, c'est donc observer l'histoire d'un pays et de son rapport à lui-même.

On y voit passer l'immigration ou les guerres. Il y a bizarrement très peu d'Adolf/Adolphe après 1945 alors que ce prénom était plutôt répandu avant. Il y a en a tout de même eu 23 depuis, une petite pensée pour eux en passant.

Avec le prénom, on voit aussi apparaître les musiques, les livres, les films... L'influence de la culture populaire sur les prénoms est très claire. Il suffit de voir la montée du prénom Johnny dans les années 60 (très rare en France avant), ou de nouveaux prénoms comme Enzo suite à l'énorme succès du Grand Bleu de Luc Besson :

Le fichier des prénoms

Bon à savoir : le fichier des prénoms français est accessible à tous, sur le site de l'Insee. N'hésitez pas à vous en servir, comme nous l'avons fait pour préparer cet épisode.

Dans ce fichier texte, vous avez les 50.000 prénoms donnés en France depuis le début du 20e siècle. Malgré quelques petites erreurs, il est très bien fait et est exportable gratuitement pour en faire des graphiques, vous amuser en soirée ou regarder les prénoms qui vous intéressent.

Ce site internet permet aussi d'avoir des visualisations de ces données.

Maintenant c'est à vous de jouer, chercher, fouiller, trouver des noms originaux. Montrez-nous l'influence de votre jeu vidéo, livre ou série préférée, et n'oubliez surtout pas de vous en servir en soirée, car la sociologie, ca sert aussi à ça : c'est à chacun de s'en emparer.



Texte écrit par Lucas Willems


PostModem

Humour, sociologie, culture geek, à travers des commentaires audio de films cultes ou de la vulgarisation de sociologie à forte tendance geek.