Welcome on Share!
Discover

shared contents

Subscribe

to sources that interest you

Share

your own contents

By using Miple's services, you agree to our Privacy policy.

Les prouts (ou flatulences)


Published
May 25, 2020

Définition et origine

Qu’est-ce qu’un pet ? Il s’agit simplement d’un gaz expulsé par l’anus et qui a traversé l’intestin. Lorsque nous mangeons ou buvons, nous ingérons également de l’air. Généralement, cet air est évacué sous forme de rot. Parfois de l’air en excès passe dans l’intestin, c’est ce que l’on appelle l’aérophagie. Cet air peut être évacué par l’anus, mais il s’agit de quelque chose de rare.

On va plutôt parler des cas communs. Voici une question que je pose à mes étudiants à qui je fais un cours sur le microbiote.

« Si vous avez devant vous deux souris, une axénique (sans microbiote) et une conventionnelle (avec microbiote), comment les distinguez-vous ? »

La réponse est : par l’odeur ! Parce que nos odeurs corporelles ne sont que le résultat de molécules produites par des bactéries. Pas de bactéries, pas d’odeur, c’est simple. Et pas de bactéries, pas de prouts !

Alors comment ça marche tout ça ? Lorsque nous ingérons un repas, le bol alimentaire arrive dans l’estomac et commence la digestion enzymatique. Ensuite ce bol, devenu chyme, arrive dans l’intestin grêle où commence l’absorption des nutriments. L’absorption dans l’intestin va permettre de récupérer les lipides, glucides et acides aminés présents dans l’aliment. Or cette digestion est incomplète. Le chyme après absorption arrive donc dans le côlon par des mouvements de péristaltisme et là commencent les mouvements de segmentation, qui vont ralentir le transit pour broyer le chyme et en extraire le maximum d’eau.

Les mouvements de péristaltisme et segmentation

Rôle des bactéries intestinales

Or le côlon est rempli de bactéries, qui voient arriver ce chyme et se lancent dans un festin pour extraire des nutriments nécessaires à leur fonctionnement. Et comme il s’agit d’un milieu anaérobie (sans dioxygène), la plupart des réactions sont des fermentations, dont les produits sont des molécules volatiles. Ce sont ces molécules qui vont donner l’odeur caractéristique des prouts. 

Un exemple : le sulfure d’hydrogène H2S, produit par la dégradation de la cystéine qui sent l’œuf pourri.

Dégradation par les bactéries de la cystéine en sulfure d'hydrogène. (Image tirée de https://doi.org/10.3389/fphys.2012.00448)

D’autres composés sont également produits : indole, scatol (à partir de tryptophane), méthanethiol (à partir de cystéine)… Mais également des acides gras à chaine courte (AGCC, acétate, butyrate et propionate), produits par la fermentation des fibres alimentaires solubles. Ces fibres ne sont pas digestibles par notre organisme, mais les AGCC peuvent servir de carburant métabolique aux cellules du côlon. Voici comment on les produit (je ne résiste pas à vous montrer ça, ça sort de mon manuscrit de thèse).

Bref, tout ça ne sent pas très bon : le butyrate sent le beurre rance ou le vomi, les molécules sulfurées sentent l’œuf pourri. Alors, je vous sens venir les taquins, je sais que certains se sont déjà essayé au fire prout.

Sachez que les pets ne sont inflammables que pour les personnes qui possèdent des Archées méthanogènes, ce qui ne concerne que 50% de la population (oui, il y en a qui se sont amusés à quantifier ça).

https://aem.asm.org/content/43/1/227.long

Le volume de flatulences journalier varie entre 500 et 1500 mL (je vous donne des sources, c’est important les sources).

https://doi.org/10.1016/j.jchromb.2009.05.026

Alors pourquoi est-ce que certains aliments sont bien connus pour leur pouvoir déclencheur de prouts ? Pourquoi ça varie entre individus ? It’s all the microbiota!

On va prendre l’exemple des intolérants au lactose (65% de la population mondiale). Après le sevrage, de nombreuses personnes perdent la capacité à exprimer la lactase, enzyme nécessaire à la digestion du lactose, dans l’intestin. Or sans lactase, le lactose non digéré arrive tel quel dans le côlon. Et les bactéries adorent le lactose, qui n’est qu’un sucre. Donc elles s’en donnent à cœur-joie pour le fermenter, ce qui fait produire des gaz en forte quantité. 

Même chose si on mange beaucoup de crucifères ou de légumineuses. Ces plantes sont très riches en FODMAPs (j’en ai parlé ici: https://share.miple.co/content/OkxAcFyrcC0P2). Les FODMAPs vont déclencher la production d’acides gras à courte chaîne volatiles par le microbiote, d’où gaz en masse. 

Pourquoi certaines personnes plus que d’autres ? Parce que certaines personnes ont une composition du microbiote différente, qui va produire plus ou moins de gaz.

Et les ballonnements ?

Les ballonnements, est-ce une production excessive de gaz ? On a souvent attribué cette sensation dans les malades d’IBS à une production de gaz (sensation du pet coincé). Or chez des sujets sains, on peut faire passer de fortes quantités de gaz dans l’intestin (30 mL/min) sans avoir une sensation douloureuse. D’autre part, des études sur des patients IBS ont montré que sur une journée leur production de gaz n’était pas supérieure aux sujets sains. La production de dihydrogène H2 est accrue mais ça n’affecte pas le volume total.

https://doi.org/10.1016/S0140-6736(98)02146-1

En fait, ce qui se passe ce n’est pas une production accrue, mais une production anormale. Les patients souffrant du syndrôme du côlon irritable présentent de véritables poches de gaz qui restent coincées dans le côlon par les fameux mouvements de segmentation.

https://doi.org/10.1136/gut.2004.048868

En temps normal, la production de gaz induit une distension abdominale. Dans le côlon, les cellules possèdent des mécanorécepteurs qui réagissent à cette distension. En réponse, elles ouvrent les canaux mécanosensibles Piezo2, ce qui induit la sécrétion de sérotonine intestinale. Cette sécrétion maintient les mouvements de péristaltisme et les gaz sont évacués.

https://doi.org/10.1073/pnas.1804938115

Voilà, vous penserez bien à moi la prochaine fois que vous vous adonnerez à cette pratique (sauf les princesses, qui font des paillettes, par des mécanismes toujours inconnus).


Filipe De Vadder

Chercheur padawan - Du metal et de la science