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L'intérêt de la socialisation anticipatrice en prépa


Prepalib
Published
April 21, 2022

Qu'est-ce qu'un concours ?

On prend plusieurs élèves qui passent les mêmes épreuves, que ce soit des problèmes de maths, ou une dissertation de philosophie. On évalue ensuite les performances de chacun, on les classe de la moins mauvaise à la plus mauvaise. C'est une logique relative. Des copies qui ont 20 lors d'un concours ne sont pas parfaites, au sens où elle n'atteindrait pas le niveau qu'un professeur agrégé, qui aurait fait ça toute sa vie, ferait chez lui dans son bureau.

Pourtant, qu'est-ce qui fait qu'un correcteur va considérer qu'une copie est moins mauvaise qu'une autre ? Parce qu'elle lui parle.

C'est illusoire de penser, en particulier dans les épreuves littéraires, que c'est associé à une plus grande maîtrise des contenus. Premièrement, c'est davantage donner l'illusion de maîtrise que de la maîtrise réelle de ce qu'on écrit. Deuxièmement, c'est surtout que la copie se conforme à certains codes, implicites. Et plus une copie est conforme à l'attendu intériorisé par le correcteur, plus la note sera bonne. Bien sûr, pour un élève de prépa, qui serait très déterminé à avoir 20/20 partout, pour être sûr d'avoir son concours, qu'est-ce que ça veut dire au fond se conformer ?

Se conformer, c'est ressembler à ceux qui ont été bien classés l'année précédente. Dans la façon de parler. Dans la façon de construire. Quelques exemples parlant : en mathématiques, ce n'est pas faire plein de petites questions par-ci, par-là en espérant grappiller des points qui fera plaisir à votre correcteur. C'est avant tout traiter les questions par blocs, faire en sorte que tout s'enchaîne, quitte à laisser des parties de côté. Pourvu qu'une partie, au moins, soit bien traitée, qu'un enchaînement de questions soit réussi afin de pouvoir démontrer le résultat que le sujet cherche à vous faire trouver.

En philosophie, c'est trouver la tension problématique du sujet, et construire un plan qui permet de passer du sens commun à l'analyse philosophique (cf. la très bonne méthode de Baptiste Mélès qui explique cela très bien).

Dans les sujets de dissertation des concours administratifs, comme en droit ou en économie à l'ENA/INET, c'est former des plans qui suivent le même schéma : faits stylisés, théories, politiques déjà menées, recommandations.

Alors, la question est la suivante : qu'est-ce qu'il est possible de faire pour mieux comprendre ce qui est attendu par le correcteur ? Il n'y a pas de réponse unique à cette question. Néanmoins, je pense qu'un élément de réponse important se trouve dans ce qu'on appelle, en sociologie : la socialisation anticipatrice.

Vous avez un groupe d'appartenance (celui des gens qui n'ont pas "la bosse des maths", comme on dit souvent), et vous souhaitez appartenir à un groupe de référence (ceux qui ont cette capacité de réussir en mathématiques). La socialisation anticipatrice consisterait à fréquenter ceux qui appartiennent déjà au groupe auquel vous souhaitez appartenir. Les analyser. Se calquer sur eux, regarder comment ils parlent, comment ils pensent, ce qu'ils ont fait. La bonne copie parlera au correcteur, parce que vous raisonnerez, parlerez comme un individu appartenant au groupe de référence.

Souvent, ceux qui ont réussi à intégrer, s'ils ont réussi à comprendre les raisons de leur reste, diront souvent qu'ils ne s'y seraient pas pris de la même manière si la possibilité de recommencer leur concours leur été donnée. Précisément parce qu'ils ont accumulé des informations précieuses, qui ont beaucoup de sens pour eux même s'ils en n'ont pas forcément pour vous. Pourtant, ces informations sont très précieuses pour vous. Confucius disait : « L’homme intelligent apprend de ses erreurs ; l’homme sage apprend des erreurs des autres ». Comprendre les erreurs des autres, en les fréquentant, en les écoutant, c’est une très bonne stratégie et qui semble avoir porté ses fruits pour bien des élèves.

C'est, par exemple, ces élèves littéraires ou scientifiques des grandes prépas parisiennes qui iront fréquenter les gens déjà entrés à l'ENS ou à HEC pour récupérer de telles informations.

Se pose alors une autre question, celle de l'accès. Tout le monde n'a pas accès à ces personnes, tout le monde ne peut pas parler à ceux qui ont déjà réellement réussi. En particulier si vous êtes dans des petites prépas et où peu d'exemples de réussites s'offrent à vous. Je pense que la socialisation anticipatrice ne consiste pas seulement à parler à ces personnes (même si ça permet de les faire descendre de leur piédestal), mais avant tout regarder ce qu'ils ont fait en pratique. Donc, là encore, que faire ?

 Récupérer les bonnes copies, celles qui ont eu 20, celles qui ont majoré, et les décortiquer. Prendre des corrigés très bien faits, les analyser, les décortiquer, comprendre leur logique. Les analyser en détail, s'imprégner de leur façon d'écrire, de construire, de raisonner.

Pourquoi ? Parce que les correcteurs ont les mêmes critères chaque année. Chaque année, les correcteurs attendent la même copie idéale. Peu importe le sujet, c'est avant tout un esprit.

Le système a valorisé ces copies. Ces copies sont le référentiel absolu. Ces copies correspondent à l'esprit du concours.

Et si vous vous imprégniez totalement de cet esprit, votre cerveau s'adaptera et en fera une norme. Vous n'aurez même pas forcément de rationaliser, vous imiterez juste.

J'imagine que tout le monde a déjà binge-watché une série américaine ou espagnole. Quelle est la première conséquence de ça, une fois que vous avez fini la série? On finit par penser anglais ou espagnol. On pense dans la langue de la série dans laquelle on s'est totalement immergée. Il n'y a pas eu besoin de faire d'efforts particuliers, c'est quelque chose qui est venu naturellement. Bien sûr, est-ce que ce visionnage intensif donnerait les règles de grammaire, la bonne orthographe ? Est-ce que cela permettrait de mieux écrire dans une langue étrangère ? Non, bien sûr. Mais le fait que le cerveau se soit adapté permet de mieux analyser les intuitions que le cerveau a développé par cette immersion, et ce faisant mieux comprendre les règles qui gouvernent la langue.

Dans le système français, on commence souvent par une approche définitionnelle : on fait un cours, puis des exercices, puis l'évaluation. Mais, du point de vue de l'efficacité, il faudrait davantage comprendre ce qu'il faut faire analysant les corrections, pas forcément pour les répliquer, mais juste pour voir ce qui est réellement attendu. Puis, essayez avec le minimum d'informations sur la matière, peu importe laquelle, s'exercer à l'épreuve, puis faire des allers-retours entre le cours, l'exercice et le produit fini.

Le fait de savoir exactement ce qu'il faudra faire à la fin va vous conduire à minimiser vos efforts, en les ciblant pour atteindre ce que vous voulez faire.

Georges Saint-Pierre, un grand combattant de MMA, disait que les meilleurs de l'UFC n'étaient pas ceux qui respectaient un régime alimentaire particulier, ou faisaient excessivement de la musculation. Les meilleurs, et il en fait partie, étaient ceux qui avaient compris le jeu au point où ils faisaient le moins d'efforts possibles pour atteindre leur but.

De la même façon, si vous ne comprenez pas le jeu final, l'attendu final du correcteur, connaître parfaitement son cours est inutile. Faire quinze mille dissertations est inutile. Faire quinze milles exercices de mathématiques est inutile. Et si vous le comprenez, si vous l'avez vraiment compris, quel intérêt de s'exercer ? Il suffirait seulement de compenser vos lacunes toujours en vue de l'attendu final.

Comprendre le jeu en regardant ceux qui y ont excellé. Faire de leurs standards vos standards. Leur esprit votre esprit. Leur réussite votre réussite.



Article issu du site prepalib.fr ; site de ressources gratuites pour les prépas HEC et les concours administratifs.


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Articles portant sur les concours et le système scolaire ; publiés également sur prepalib.fr